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Les indigents du web. Ou quand les réseaux sociaux deviennent l'unique source d'information.

17 février 2026

Le web connaît un exode croissant. Et plus largement, un exode des sources d'information traditionnelles présentes sur le web. Où sont donc passés tous ces lecteurs ?

Illustration présentant un smartphone dans les mains.

Vous l’avez certainement déjà deviné. On les retrouve sur les réseaux sociaux, là où l’information est instantanée, visuelle et rythmée.

Cette nouvelle façon de consommer l’information a un prix. Car les réseaux sociaux n’ont pas été conçus pour être des sources d’information fiables.

L’engagement avant la vérité

Les réseaux sociaux offrent une expérience très intuitive, personnalisée et divertissante. Ils répondent à un besoin de rapidité, de simplicité et d’interaction sociale. Mais ils ne répondent pas à la nécessité de partager une information fiable et vérifiée. Ils n’ont pas été conçus pour cela. Leur algorithme ne privilégie pas la véracité.

L’information —quels que soient ses objectifs— circule à une vitesse fulgurante, sans contrôle et sans contexte. Sa valeur dépend implicitement de sa popularité et de sa correspondance aux règles algorithmiques fixées par chaque réseau. Plus elle est populaire, plus elle est relayée, et plus elle devient crédible.

Une consommation passive qui appauvrit

Sur les réseaux, on ne lit pas vraiment. On scrolle. On ne réfléchit pas vraiment non plus, on consomme en se divertissant. Sans le savoir et sans même l’avoir demandé, on se retrouve continuellement exposé à des informations exagérées, incomplètes, biaisées, ou tout simplement fausses.

Les jeunes sont particulièrement vulnérables à cette nouvelle forme de consommation. Cela les amène à se construire une vision du monde trop souvent clivante, tranchée, hors de contexte et polarisée. Une vidéo virale peut faire une affirmation choc sans apporter la nuance ou les faits complets. Cela donne l’impression de s’informer, mais il n’en est rien.

Et comme le mentionne une étude sur la désinformation menée par l’UNESCO en 2024 (Les faits sans le faux), ce phénomène n’épargne aucune tranche d’âge.

Les algorithmes, ces gardiens sans conscience

Les algorithmes sont des programmes, des exécutions qui répondent à des ordres. Or, ce ne sont justement pas les utilisateurs de ces réseaux qui sont à l’origine de ces instructions transmises aux machines. Et ces algorithmes n’ont ni sentiments, ni capacité de remise en question, ni libre arbitre.

La vraie question est donc « Pour qui ces algorithmes sont-ils programmés et pour quels objectifs ? ». L’un des objectifs principaux de ces algorithmes est le taux d’engagement. Plus l’utilisateur passe de secondes à l’écran, plus l’objectif est atteint. Et ces algorithmes sont aujourd’hui capables de se modifier selon l’utilisateur afin de maximiser ce taux d’engagement.

Or, cet engagement imposé à l’insu de l’utilisateur a un effet pervers. Cette volonté d’accaparer à tout prix son attention l’amène à s’enfermer dans des bulles idéologiques, détachées d’opinions diverses et variées — ces autres opinions si importantes pour se forger un avis personnel.

Si vous suivez des comptes qui partagent vos opinions, vous ne verrez pas les autres points de vue. Et si vous ne voyez pas les autres points de vue, si l’on ne cesse de vous confirmer ce que vous pensez déjà, comment pouvez-vous vous informer correctement ? Le même air, toujours recyclé, sans renouvellement. Un air qui, sans qu’on s’en rende compte, nous amène à penser que l’autre camp est stupide de ne pas avoir compris ce que nous avons compris, tant nous y avons été baignés. Or, l’autre camp n’est pas stupide, il est juste baigné dans une autre réalité. Une réalité personnalisée par ces algorithmes.

L’inversion du rapport à l’information

Un changement de paradigme est aussi à prendre en compte. Les rôles se sont inversés. Jusqu’alors, nous allions vers l’information. Nous devions la chercher pour la trouver. Or, depuis l’avènement des réseaux, c’est désormais l’information qui vient à nous. Nous sommes ainsi soumis à du contenu que nous ne recherchions pas initialement. Nous pouvons aussi être dérangés par cette information à tout moment, par des notifications disruptives dans notre quotidien.

Ce n’est pas seulement l’information qu’il faut remettre en question, mais les fondements et le fonctionnement mêmes des réseaux sociaux actuels.

L’intelligence n’a jamais protégé de la manipulation

Durant les cours que nous dispensons sur le sujet au sein de DEKODE, j’ai souvent affaire à des élèves qui me disent avec entrain : « Mais nous ne sommes pas bêtes, monsieur Ronald! Il n’y a que les idiots qui se font piéger. »

Eh bien, justement, non. Cela n’a même rien à voir. Car avec suffisamment de préparation, presque n’importe quoi peut être cru par n’importe qui. L’intelligence n’a malheureusement pas grand-chose à voir là-dedans. La plupart des mécanismes de ces réseaux ont une influence directe au-delà de notre conscience.

Des solutions existent

Alors, une fois encore, il ne s’agit pas de diaboliser les écrans et les réseaux sociaux. Et il existe une bonne nouvelle. Des solutions existent pour sortir de ce piège.

Tout d’abord, en éduquant les utilisateurs à diversifier leurs sources, en replaçant le web et les médias traditionnels dans leur quotidien. Ensuite, en leur apprenant à vérifier l’information avant de la prendre pour argent comptant et de la partager. Et enfin, en développant un rapport (beaucoup) plus critique et conscient dans l’usage des réseaux en général. En somme, une éducation pour la promotion de la littératie médiatique.

Car le vrai problème, c’est d’utiliser ces réseaux sans réfléchir. Redonner aux utilisateurs les clés pour distinguer le vrai du faux et comprendre les mécanismes invisibles qui sont en jeu, c’est leur offrir une chance de s’épanouir davantage dans un monde numérique définitivement de plus en plus complexe.


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